jeudi 5 octobre 2017

L'aigle de sang - Jean-Christophe Chaumette

Voici la dernière lecture que j’avais choisie alors que j’étais encore sous l’effet de la série Viking… je voulais rester dans le thème…


L'histoire
En 2013, alors qu'un hiver permanent s'est abattu sur le monde, une poignée d'inspecteurs du Tribunal Pénal International mène l'enquête sur une série de meurtres aussi mystérieux qu'effrayants : de grands criminels de guerre sont retrouvés morts, crucifiés selon un ancien rituel viking appelé "l'aigle de sang"... Ces faits sont d'autant plus étranges que de nombreux autres indices, tous concordants, renvoient à la mythologie scandinave, et notamment au "Ragnarok", ou "Crépuscule des dieux". L'ancienne prophétie nordique prédisant la fin du monde serait-elle en train de s'accomplir ? 
Mon avis

Après plusieurs petites perles littéraires, j’aurais aimé pouvoir continuer sur mes chroniques dithyrambiques. Malheureusement, c’est ici une grosse déception. Disons-le tout de suite, le résumé fait envie, le sujet et l’idée du roman sont vraiment bien trouvés, ça avait tout pour me plaire, mais… le style m’a vraiment posé énormément de problèmes, au point où ce n’était plus possible de passer outre.

Pour faire court, je qualifierais le style de « gros sabots ». Tout est outrancier et très insistant. J’avais parfois l’impression de lire une mauvaise traduction (mais l’auteur est bien français). 

Abordons le gros gros gros gros souci de ce bouquin, le sexisme. Encore aggravé par le féminisme de façade (je ne sais pas comment on dit greenwashing pour le féminisme). Visiblement, l’auteur essaie de dénoncer le machisme (enfin je crois) en insistant (très lourdement, comme pour tout le reste) sur le machisme des personnages, il en fait tellement des caisses que ça m’a mise mal à l’aise au point de rendre la lecture désagréable, c’est peu dire (même si l’intention de base était louable). Sauf que. Le style de l’auteur est en complète contradiction à ce qu’on a l’impression qu’il essaie de dénoncer. Par rapport aux hommes, les femmes sont décrites très succinctement et on ne revient que sur leur physique. C’est la blonde à forte poitrine, et on n’en sait guère plus, quand un autre homme peut être décrit beaucoup plus précisément. Même des tables basses (n’apportant au demeurant absolument rien à l’intrigue) sont décrites plus précisément que les deux rares personnages féminins qu’on nous a consentis. Et si cet argument ne suffit pas, on parle bien de la mythologie scandinave, qui nous ramène à une époque où les femmes étaient aussi des guerrières, avec des déesses guerrières. Or, sans trop spoiler, des divinités nordiques interviennent directement dans l’action et, même si le contraire aurait été vraiment tout à fait logique à bien des égards, on n’a droit qu’au panthéon des dieux masculins (alors que, que je sache, Freya aussi était là à Ragnarok, pour ne citer qu’elle). Mais c’était trop demandé, on a dit plus haut que bouuuuh le sexisme c’est mal, les féministes devront s’en contenter et on peut continuer notre petit machisme tranquillement dans notre coin. La femme sûre d'elle et affirmée qui tombe forcément amoureuse du gros macho, on n'y croit pas, j'ai l'impression qu'il FALLAIT à tout prix que les femmes aient une relation soi-disant amoureuse dans l'histoire (alors que les hommes ont bien autre chose à faire), mais la façon dont c'est amené, ce n'est pas crédible.

Et la description des personnages, reparlons-en, hommes ou femmes, la description consiste souvent en un « Il ressemble à [insérer ici un nom de célébrité] », comme Marion Jones ou Morgan Freeman. Peut-on faire plus paresseux et moins imaginatif ? Tout est caricatural, l’obèse pèse forcément 200 kilos, rien que ça. La Scandinave est forcément une blonde à forte poitrine, ce qu’on nous rappelle toutes les 70 pages pour être sûr que l’on n’oublie pas, et encore heureux, car on ne sait pratiquement rien d’autre sur elle. Si l’auteur voulait fantasmer sur des blondes à forte poitrine, il n’avait qu’à écrire de la littérature érotique, ce serait certainement mieux passé. On se fiche des gros seins quand l’héroïne essaie de sauver le monde. 

J’ai la vague impression que tous ces problèmes étaient moins flagrants dans la deuxième partie, c’est probablement aussi parce que j’ai arrêté de compter les points et enclenché la lecture diagonale pour savoir comment l’histoire finit sans m’éterniser sur cette lecture… (un personnage brise une chaîne de fer "aussi facilement qu’un fil de laine"… a-t-il seulement déjà essayé de briser comme ça un brin de laine à mains nues. La dernière fois que j’ai essayé, je me suis pratiquement entaillé les mains. Superbe métaphore très cohérente). D’ailleurs même l’auteur a visiblement renoncé à aller jusqu’au bout de son idée et a condensé la fin du bousin dans l’épilogue, au soulagement général.

Comme je le disais, c’est vraiment dommage, car l’idée sous-jacente était très bien vue. Il y a aussi un peu d’anticipation (tout s’explique à la fin du livre), avec une ère glaciaire due au réchauffement climatique, autre bonne idée. Bref, plein de bons ingrédients, mais ça a cramé à la cuisson.

2 commentaires:

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