lundi 18 juillet 2022

Un oiseau migrateur - Fariba Vafi

 Me revoilà avec une nouvelle lecture autour du monde, un court roman iranien :


L'histoire 

Une femme iranienne, mère de deux enfants, vit aux côtés d'un mari qui ne la comprend pas. Cette femme se montre intransigeante face à un homme insensible qui veut migrer au Canada pour son travail. Elle affronte son quotidien de femme qui n'a pas le choix, lassée de sa vie de famille et ne rêvant que d'indépendance et de liberté. On apprend à la connaître par ses réflexions et le regard d'autrui. Sa vie part en morceaux, en brefs chapitres. C'est une forte personnalité, ayant une vision très claire de la société où elle évolue. Il y a chez elle quelque chose de rude, de violent, d'impatient. N'en pouvant plus de supporter la petite bourgeoisie contrainte et besogneuse du sud de Téhéran, moins policée que celle du nord, mais aussi plus libre de ton et de manières.

Chacun suit l'oiseau de ses rêves. La vie commune est-elle possible quand ces rêves ne peuvent se rejoindre dans la réalité ?

Mon avis

J'ai beaucoup aimé cette lecture. J'ai adoré le style qui nous fait rentrer immédiatement dans l'histoire. C'est un livre que je qualifierais de très contemplatif, il n'est pas là pour nous proposer de l'action menée tambour battant. Pourtant, à sa manière, il est très captivant, je dirais même hypnotique.

J'ai été émue par la narratrice qui est d'une grande sagesse, se dérobe à sa vie qu'elle ne maîtrise pas vraiment en s'échappant dans son monde intérieur. Vu de l'extérieur, son entourage a l'impression qu'elle est figée, et pourtant…

Un petit morceau de vie, sans vraiment de début ni de fin. Je serais volontiers rester plus longtemps dans le cocon que forme ce court roman.

Une étape de mon tour du monde

vendredi 10 juin 2022

Nouveau : invitation au Book Club inclusif

 Hello !

Vous ne le savez peut-être pas, mais entre deux lectures, je suis traductrice et rédactrice spécialisée en communication inclusive, également appelée écriture inclusive. Je préfère préciser tout de suite que non, il ne s'agit pas de mettre des petits points partout au pif, MAIS il s'agit de faire en sorte que la langue soit plus représentative de la diversité de notre société.


Avec un groupe de collègues également spécialisées dans le domaine, nous sommes arrivées au constat qu'on nous propose toujours les mêmes récits, les mêmes auteurs... stop ! Nous avons décidé de créer un club de lecture sur la thématique de la diversité, de l'inclusivité et du féminisme. 

Si ça vous intéresse, nous avons créé un espace Notion collaboratif avec un serveur discord.

  • Un sondage pour choisir ensemble la prochaine lecture
  • Une réunion par mois pour discuter du livre en cours, et des discussions plus informelles au gré des envies
  • Une lecture tous les deux mois

Pour la première, nous vous proposons de choisir entre

  • Americanah, de Chimamanda Ngozi Adichie
  • Femmes invisibles - Comment le manque de données sur les femmes dessine un monde fait pour les hommes, de Caroline Criado-Perez
Verdict le 20 juin

N'hésitez pas à nous rejoindre, toutes les infos sont sur l'espace Notion.

Ce n'est pas un fleuve, de Selva Almada

Aujourd'hui, je vous retrouve avec une étape de mon tour du monde, direction l'Argentine !

L'histoire 
Le soleil, l’effort tapent sur les corps fatigués de trois hommes sur un bateau. Ils tournent le moulinet, tirent sur le fil, se battent pendant des heures contre un animal plus fort, plus grand qu’eux, une raie géante qui vit dans le fleuve. Étourdis par le vin, par la chaleur, par la puissance de la nature tropicale, un, deux, trois coups de feu partent.
Dans l’île où ils campent, les habitants viennent les observer avec méfiance, des jeunes femmes curieuses s’approchent. Ils sont entourés par la broussaille, par les odeurs de fleurs et d’herbes, les craquements de bois qui soulèvent des nuées de moustiques près du fleuve où le père d’un des trois hommes s’est noyé. Ils se savent étrangers mais ils restent.
À chaque page, le paysage, les éléments façonnent le comportement et la psychologie des personnages qui confondent le rêve et la réalité, le présent et les souvenirs dans la torpeur fluviale.

Mon avis


Un roman très court qui se distingue par son style très particulier, tout en narration, même les dialogues ! C'est un peu déstabilisant au début, mais on s'y fait vite et ça donne un format très original. La trame n'est pas linéaire, on va et vient entre passé et présent, les fils de l'écheveau s'entrecoupent... Il ne faut donc pas hésiter à relire plusieurs fois les paragraphes ou retourner quelques pages en arrière de temps en temps.

Nous suivons donc l'histoire de trois hommes qui ne sont pas du coin, mais paradoxalement, le personnage le plus présent est le 4e (comme les mousquetaires !), le père de Tilo, dont on découvre le destin tragique au fil des pages : les autres vivent dans son souvenir, comme si la vie s'était arrêtée lors de cette nuit tragique. Ces 3 (ou 4) hommes, c'est vraiment le genre de mecs qu'on aime (non), qui picole avant de nettoyer son flingue et pense qu'une femme, ça sert à lui laver ses slips. Pas exactement mes protagonistes préférés, mais bon. Heureusement l'histoire nous parle aussi du quotidien de femmes, ça équilibre. D'ailleurs, ça m'amène à un constat très bizarre (je ne sais pas si c'est uniquement dû à la traduction ou si l'original est comme ça aussi) : quand le livre décrit des hommes, on dirait vraiment que c'est écrit par un homme, et vice-versa, les femmes et leur quotidien sont décrits comme rarement un homme sait le décrire. Par contre, fatalement, les mecs sont décrits comme des gros porcs sans  que le récit prenne vraiment de distance avec ça, ce qui m'a un peu gênée.

Le titre signifie : "Ce n'est pas un fleuve.. c'est ce fleuve en particulier, qui rythme la vie des pêcheurs du coin". J'ai trouvé la fin un peu confuse, je ne suis pas sûre d'avoir compris (et apparemment, je ne suis pas la seule).

Pour résumer, un livre qui se lit pour le style vraiment très original plus que pour le fond, et je pense qu'il plaira d'autant plus aux amateurs et amatrices de poésie.


Une étape de mon Tour du monde

vendredi 3 juin 2022

Mots immigrés - Erik Orsenna et Bernard Cerquiglini

 Je reviens sur une lecture très courte lue pour le club de lecture de la biblio. Le moins qu'on puisse dire, c'est que j'en reste perplexe.

L'histoire

À l’heure où revient le débat sur l’identité, avec des opinons opposées de plus en en plus violentes, Erik Orsenna a voulu, par la voie du conte commencée avec sa Grammaire est une chanson douce, raconter l’histoire de la langue française. Pour une telle ambition, le savoir lui manquait. Bernard Cerquiglini, l’un de nos plus grands linguistes et son ami de longue date, a bien voulu lui apporter ses lumières aussi incontestées que malicieuses.

Et nous voilà partis, deux millénaires en arrière, chez nos ancêtres les Gaulois dont les mots sont bientôt mêlés de latin, puis de germain. Avant l’arrivée de mots arabes, italiens, anglais... Un métissage permanent où chaque langue s’enrichit d’apports mutuels. Jusqu’à ce que déferle une vague de vocables dominateurs nés de la mondialisation économique et inventés pour son service. Ce globish aura-t-il raison de la diversité linguistique, aussi nécessaire à nos vies que cette biodiversité dont nous avons appris à reconnaître l’importance capitale, et la fragilité ? 

Et si les mots immigrés, c’est à dire la quasi-totalité des mots de notre langue, s’ils décidaient de se mettre un beau jour en grève ? Ce jour-là, les apôtres de cette illusoire pureté nationale deviendraient muets. Il n’est pas interdit d’en rêver…

Mon avis

D'abord, la forme : j'ai bien aimé l'angle du conte, qui se déroule dans une réalité alternative à peine différente de la nôtre, à la veille des élections présidentielles (le bouquin est paru en février 2022). C'est léger, ça se lit bien et très vite, un bon moment en perspective et un beau message de fond sur la tolérance et la diversité. 

MAIS, car il y a un mais, un gros mais qui m'a fait rester sur mes gardes pendant toute la lecture... Ce livre est co-écrit par un académicien. Ça m'a "perturbée" qu'un message aussi pertinent et nécessaire vienne d'un académicien, dont les membres nous ont plus habitués à leur conservatisme et leurs analyses linguistiques claquées au sol qu'à leur ouverture d'esprit. 

Vous savez, ceux qui taxent de péril mortel les nanas qui ont envie qu'ont leur parle au féminin. Qui ont décrété que le masculin l'emporte sur le féminin car l'homme est plus noble que la femme (analyses linguistiques d'une finesse qui ne date pas d'hier, donc). Maintenant, l'un de leurs éminents membres vient nous dire que la langue vit par la diversité et l'apport de nouveaux termes en cassant le mythe de la langue pure prétendument abâtardie par des emprunts. Comme je ne suis plus un lapin de trois semaines, forcément, je me suis méfiée en me demandant où était cachée la caméra et pendant combien de temps ce vernis progressiste allait tenir.

Réponse : ça tient 110 pages avant de se prendre les pieds dans le tapis. Les vagues de mots des siècles passés c'est cool, mais aujourd'hui c'est pas pareil. Il y a les bons anglicismes et les mauvais anglicismes, suivez un peu. Et les jeunes-de-nos-jours-ma-bonne-dame ont un vocabulaire qui s'appauvrit (alors que les jeunes des siècles passés avaient simplement un vocabulaire qui évolue avec l'immigration et l'histoire). Comment, pourquoi ? J'ai pas compris. Le français s'appauvrit, c'est la catastrophe, mais si on crée ou se réapproprie de nouveaux mots c'est un scandale. Décidez vous.

La fin du bouquin est un réquisitoire sur la "novlangue" des startups. Mais manque complètement sa cible. Le problème c'est le capitalisme et l'hypermondialisation, pas les mots. En dehors de la startup nation, personne ne surabuse de ce jargon "corporate". C'est à se demander où évoluent les auteurs pour penser que tout le monde parle ainsi.

Cette fin à côté de la plaque gâche complètement l'ensemble du livre et son message, bravo ! Vive les langues vivantes, et réjouissons-nous qu'une poignée de privilégiés ne puissent pas nous empêcher de choisir nos mots (et à bas la startup novlangue).

jeudi 26 mai 2022

Pretending - Holly Bourne

 Je vous propose aujourd'hui un roman anglais (je ne crois pas qu'il a déjà été traduit) que je qualifierai de comédie romantique féministe. Le titre, Pretending, signifie "Faire semblant", et je pense que ça donne une bonne idée du sujet.


J'ai entendu parler de ce bouquin via la newsletter Féministe ton business d'Emma Nübel. Si vous ne connaissez pas, foncez !

L'histoire

Après une énième rencontre foireuse sur internet, April, trentenaire célibataire travaillant au quotidien avec des victimes de violences sexuelles, est dégoûtée des hommes. Elle se livre alors à une "expérience" : elle se fait passer pour Gretel, une femme imaginaire qui est selon April la femme idéale que recherchent les hommes. Elle fait alors la rencontre, toujours sur internet, de Joshua.

Mon avis

Disons le tout de suite, j'ai adoré. Par contre j'annonce un Trigger Warning sur les questions de violences sexuelles. Si vous n'avez pas envie de lire ce genre de récits, ce n'est peut-être pas le bon bouquin pour vous.
Pourquoi j'ai adoré, donc ! Déjà, cet incipit :


Tout de suite, ça pose le cadre, on sent qu'on n'est pas là pour faire dans la dentelle. En lisant la scène de sexe du début, je ne pouvais pas m'empêcher de me dire que c'est sûrement ce que vivent toutes les femmes sexuellement mal écrites par des hommes (et si vous ne voyez pas de quoi je parle, c'est par ici)

Je ne le cache pas, je me suis beaucoup reconnue dans le personnage au début, c’était tellement moi il y a une dizaine d’années, à batailler, tout donner, être toujours trop ou pas assez... J'aurais pu écrire certains passages mot pour mot. J’ai donc eu énormément de tendresse pour elle, je n’avais pas ressenti ça depuis un total meltdown devant le personnage de Kate Winslet The Holiday (comprendre, des torrents de larme incontrôlables déclenchés par un petit détail qui n'a l'air de rien pris individuellement).

Au delà de ça, ce bouquin est l'exemple parfait de "Pourquoi la représentation c'est important, pourquoi la diversité des profils de créateurs et créatrice c'est important". La même histoire écrite du point de vue d'un homme (hétéro) serait bien différente et il est important que les deux récits puissent exister.

Certaines scènes sont assez dures à lire, notamment quand April revit son trauma, mais au final je me suis dit que la plus grosse violence n'est pas systématiquement celle commise par les hommes (même si elle est bien réelle et on s'en passerait bien)... C'est la violence de April (et donc de nous-même) envers elle-même. Comment on se juge, se refoule, se réprime... se rapetisse pour plaire à des mecs qui n'en valent même pas la peine, pour satisfaire à des injonctions sociales. Extrêmement douloureux d'observer ce comportement avec le recul de la posture de lectrice.

Et toujours cet amer constat que dans le cadre des rencontres en ligne, les mecs ont peur qu'on leur mente et les femmes qu'on les viole, et pour beaucoup c'est encore un "problème" comparable.

Bref, un très bon bouquin qui je pense parlera à beaucoup de femmes "galériennes de l'amour", j'encourage tous les mecs qui ont un minimum envie de comprendre ce que peuvent vivre les femmes du XXIe siècle à le lire.

Et pour continuer dans la même veine, je vous recommande "La dialectique du calbute sale", un podcast en 5 épisodes d'Ovidie

Lien du premier épisode

où comment je pense que si je n'avais pas rencontré mon mec actuel j'aurais fini célibataire endurcie parce que vraiment, c'est plus possible.

vendredi 29 avril 2022

Les Téméraires - Quand la Bourgogne défiait l'Europe, de Bart van Loo

Voici un bouquin que je viens de terminer récemment, il s'agit d'une lecture documentaire (non-fiction) historique... qui vaut un bon roman historique (certaines anecdotes ne s'inventent pas 😀).


Nouvelle technique pour essayer de rattraper mon retard de chronique : commencer par les plus récents !

L'histoire

L'histoire des ducs de Bourgogne est une véritable aventure militaire, politique et artistique, qui relève autant du conte de fées que d'un Game of Thrones. La raconter est un joli défi dont Bart Van Loo s'est emparé et qui nous entraîne sur les routes médiévales, de la Scandinavie des Burgondes à Dijon, en passant par Bruxelles, Gand, Bruges et Lille. D'une plume enjouée et érudite, Bart Van Loo fait revivre avec passion ces grands ducs téméraires et ambitieux, dont la puissance et la splendeur firent l'admiration et l'envie de toute l'Europe et surtout de Paris. À leur apogée, les ducs voyageaient de Mâcon à Amsterdam sans passer une seule frontière. Ils unifièrent d'immenses territoires, dont la partie septentrionale devint le berceau de la Belgique et des Pays-Bas. De cette époque glorieuse, il reste désormais les témoignages d'artistes de génie tels Claus Sluter, Rogier Van der Weyden ou encore Jan Van Eyck, dont les œuvres ont laissé à jamais l'empreinte de cette prestigieuse famille sur le patrimoine français.

Mon avis


Quel est le point entre Christine de Pisan, Jacques Brel, Jeanne d'Arc et Charles Quint ? Derrière le titre un peu énigmatique de ce pavé se cachent 1000 ans d'histoire de la Bourgogne, un pan de notre histoire que, je dois l'admettre, j'ignorais complètement. Il faut dire qu'à force de nous marteler le grand roman national sans nuance à l'école, on retient surtout que les Bourguignons, c'était les méchants pendant la Guerre de Cent ans, et on nous laisse sur notre idée que la Bourgogne du XVe siècle = la région administrative Bourgogne actuelle.

Alors que pas du toooooooout. Et au fil de cet ouvrage, on découvre la riche histoire de ce duché qui s'étendait, à son apogée, jusqu'aux Pays-Bas/Belgique. Le titre fait référence à Charles le Téméraire, dernier duc "notable" de Bourgogne, qui a marqué le début de la fin des haricots. J'ai beaucoup aimé ce livre pour plusieurs raisons

- Le découpage original. La première partie couvre 1 millénaire, la deuxième, 1 siècle, la troisième, 1 décennie et la dernière, 1 an. Il fallait y penser, j'aime cette symétrie

- La fluidité de la lecture. Il m'est arrivé de lire des ouvrages historiques super pompeux, chiants comme la pluie... Là, ça se lit "comme un roman", même si forcément, c'est dense en informations.

- Il y a pas mal de supports de lecture, arbres généalogiques, frise chronologique et CARTES, bien sûr, pour éviter de se perdre. J'ai mis deux mois à lire ce livre par petites touches et j'étais bien contente au bout d'un moment de pouvoir reprendre la chronologie pour me rappeler qui avait épousé qui et le fil des événements.

Philippe le Hardi petit

Et bien entendu, j'ai appris plein de trucs. L'ouvrage fait aussi référence aux tableaux et œuvres d'art de l'époque. Certaines sont reproduites dans le livre, pour d'autres, Google est ton ami !

La seule chose que je n'ai pas comprise, finalement, c'est pourquoi ce duché si grand, riche et puissant restait un duché et n'était pas devenu un royaume à part entière. Mais c'est une question d'ordre plus général, qu'est ce qui fait que Machin est Empereur alors que Bidule est Reine et pas Trucmuche. 

A lire! (mais peut-être pas d'une traite).

lundi 14 mars 2022

Nature humaine, de Serge Joncour

 Un livre lu pour le club de lecture de la bibliothèque. Probablement pas un livre vers lequel je serais allée spontanément, mais c'est là tout l'intérêt de la chose, découvrir des visions, des discours, qui sortent de nos habitudes.


L'histoire

La France est noyée sous une tempête diluvienne qui lui donne des airs, en ce dernier jour de 1999, de fin du monde. Alexandre, reclus dans sa ferme du Lot où il a grandi avec ses trois sœurs, semble redouter davantage l’arrivée des gendarmes. Seul dans la nuit noire, il va revivre la fin d’un autre monde, les derniers jours de cette vie paysanne et en retrait qui lui paraissait immuable enfant. Entre l’homme et la nature, la relation n’a cessé de se tendre. À qui la faute ?

Dans ce grand roman de « la nature humaine », Serge Joncour orchestre presque trente ans d’histoire nationale où se répondent jusqu’au vertige les progrès, les luttes, la vie politique et les catastrophes successives qui ont jalonné la fin du XXe siècle, percutant de plein fouet une famille française. En offrant à notre monde contemporain la radiographie complexe de son enfance, il nous instruit magnifiquement sur notre humanité en péril. À moins que la nature ne vienne reprendre certains de ses droits…

Mon avis

Pour résumer en une phrase : ce livre nous parle d’un temps que les moins de 30 ans ne peuvent pas connaître. Il joue la carte de la nostalgie, mais quand on n’a pas la référence (j’avais dix ans lors des événements de la fin du roman, qui commence en 1976), on se sent un peu perdu/distant, et c’est normal. Il raconte l’histoire de la génération de mes parents.

Ce décalage explique mon ressenti assez ambivalent, qui n’est clairement pas à imputer au livre, il est fréquent quand on lit une histoire dont on n’est pas la cible.

Je retiendrai surtout la réflexion sur la lutte militante, somme toute assez cynique : la plupart des militants seraient davantage poussés par un vide intérieur que par une solidarité authentique (ce qui expliquerait tous les gens de gauche qui se droitisent en vieillissant, c’est-à-dire en devenant riches). Je n’avais jamais vu les choses sous cet angle et ça m’a apporté des éléments de réponse à certains constats que j’ai pu faire ces derniers temps.

Le bouquin se déroule dans une ambiance de nostalgie de fin d’un monde et de choc des mondes, mais peut-on vraiment regretter un monde où à 50 ans on a déjà le dos pété : cela résume pour moi très bien le pessimisme qui transpire de ce bouquin. J’avais l’impression que le monde d’avant comme celui d’après ne valent guère mieux l’un que l’autre… Mais on ne nous propose pas vraiment de troisième voie.

J’ai eu beaucoup de mal à avoir de la sympathie pour le protagoniste. J’avais envie de le secouer, sauf dans les dernières pages, il est très passif et blâme le monde entier pour ses problèmes, sans jamais prendre ses responsabilités. Ce genre de profil a rarement l’étoffe d’un bon « héros » et j’ai zéro patience pour eux.

Je retiens aussi les réflexions très drôles de bon sens paysan face aux citadins à côté de la plaque.

L’atmosphère est de plus en plus sombre et pessimiste à mesure que le progrès se fait sentir, c’est sûrement pour cela que la fin m’a laissée sur ma faim, si je puis dire : je l’ai trouvée bizarre, elle essaie de donner dans l’optimisme, mais on n’y croit pas trop (et donc on ne sait pas trop comment tout ça se finit. Pour de vrai j’entends, pas dans les fantasmes d’un mec qui n’a jamais pris une vraie décision de sa vie.)

En bref, quelques pépites dans un océan de marasme et un protagoniste comme je ne les aime pas du tout, mais une lecture néanmoins assez plaisante, je pense que ça plaira beaucoup aux gens qui ont vécu les événements en temps réel.

dimanche 13 mars 2022

Les heures lointaines - Kate Morton

 Ne nous voilons pas la face, j'ai pris un peu de retard (si peu) dans la rédaction des chroniques. Pourtant, je suis enfin sortie de ma panne de lecture, ce n'est donc pas faute d'avoir lu des choses ! C'est parti pour un rattrapage des chroniques dans le désordre.

Et on commence avec un pavé lu l'année dernière :

L'histoire
Lorsqu'elle reçoit un courrier en provenance du Kent qui aurait dû lui arriver cinquante ans auparavant, Meredith Burchill révèle à sa fille Edie un épisode de sa vie qu'elle avait gardé secret jusqu'alors. En septembre 1939, comme beaucoup d'autres enfants, Meredith avait été évacuée de Londres et mise à l'abri à la campagne. Recueillie par des aristocrates du Kent dans le château de Milderhust, elle était devenue l'amie de l'excentrique et talentueuse Juniper, la cadette de la famille.
Pourquoi Meredith a t-elle dissimulé son passé à sa propre fille ? Et pourquoi n'est-elle pas restée en contact avec Juniper, devenue folle après avoir été abandonnée par son fiancé ?
Afin de reconstituer le puzzle de son histoire familiale, Edie se rend au château de Miderhust dont les vieilles pierres cachent plus d'un secret.

Mon avis

Disons le tout de suite, je pense que c’est le genre de bouquins que soit on adore, soit on trouve d’un ennui mortel : pas de tueur sanguinaire, de scènes de combat flamboyantes ou quelques ficelles qui nous tiennent en haleine d’habitude. Et pourtant, j’étais bel et bien happée par l'intrigue : j’ai vraiment beaucoup aimé, dévoré les pages.

C’est avant tout une magnifique galerie de portraits de femmes à travers les générations, un passé omniprésent qui continue de peser sur les personnages malgré le temps qui passe et emporte tout.

Un secret qui emprisonne ses détentrices dans leur passé. Et si vous êtes curieuses comme moi, quelle envie de le connaitre ! C’est cette envie de connaitre le secret qui nous tient en haleine, nous pousse à tourner les pages.

J’ai beaucoup aimé le style et l’ensemble est très immersif, naviguant entre passé et présent, entre la Seconde Guerre mondiale telle qu’elle était vécue par les femmes et notre présent. C’est le genre de bouquins qu’on n’a pas vraiment envie de terminer, tellement on se sent bien dedans

Et cerise sur le cupcake, je me suis beaucoup reconnue dans la narratrice :) ça fait toujours plaisir, n’est-ce pas.

En bref, si vous aimez les galeries de personnages, les mystères un peu poussiéreux, les écrivains fantasques et les vieilles pierres qui tombent en ruine, foncez !

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