vendredi 29 avril 2022

Les Téméraires - Quand la Bourgogne défiait l'Europe, de Bart van Loo

Voici un bouquin que je viens de terminer récemment, il s'agit d'une lecture documentaire (non-fiction) historique... qui vaut un bon roman historique (certaines anecdotes ne s'inventent pas 😀).


Nouvelle technique pour essayer de rattraper mon retard de chronique : commencer par les plus récents !

L'histoire

L'histoire des ducs de Bourgogne est une véritable aventure militaire, politique et artistique, qui relève autant du conte de fées que d'un Game of Thrones. La raconter est un joli défi dont Bart Van Loo s'est emparé et qui nous entraîne sur les routes médiévales, de la Scandinavie des Burgondes à Dijon, en passant par Bruxelles, Gand, Bruges et Lille. D'une plume enjouée et érudite, Bart Van Loo fait revivre avec passion ces grands ducs téméraires et ambitieux, dont la puissance et la splendeur firent l'admiration et l'envie de toute l'Europe et surtout de Paris. À leur apogée, les ducs voyageaient de Mâcon à Amsterdam sans passer une seule frontière. Ils unifièrent d'immenses territoires, dont la partie septentrionale devint le berceau de la Belgique et des Pays-Bas. De cette époque glorieuse, il reste désormais les témoignages d'artistes de génie tels Claus Sluter, Rogier Van der Weyden ou encore Jan Van Eyck, dont les œuvres ont laissé à jamais l'empreinte de cette prestigieuse famille sur le patrimoine français.

Mon avis


Quel est le point entre Christine de Pisan, Jacques Brel, Jeanne d'Arc et Charles Quint ? Derrière le titre un peu énigmatique de ce pavé se cachent 1000 ans d'histoire de la Bourgogne, un pan de notre histoire que, je dois l'admettre, j'ignorais complètement. Il faut dire qu'à force de nous marteler le grand roman national sans nuance à l'école, on retient surtout que les Bourguignons, c'était les méchants pendant la Guerre de Cent ans, et on nous laisse sur notre idée que la Bourgogne du XVe siècle = la région administrative Bourgogne actuelle.

Alors que pas du toooooooout. Et au fil de cet ouvrage, on découvre la riche histoire de ce duché qui s'étendait, à son apogée, jusqu'aux Pays-Bas/Belgique. Le titre fait référence à Charles le Téméraire, dernier duc "notable" de Bourgogne, qui a marqué le début de la fin des haricots. J'ai beaucoup aimé ce livre pour plusieurs raisons

- Le découpage original. La première partie couvre 1 millénaire, la deuxième, 1 siècle, la troisième, 1 décennie et la dernière, 1 an. Il fallait y penser, j'aime cette symétrie

- La fluidité de la lecture. Il m'est arrivé de lire des ouvrages historiques super pompeux, chiants comme la pluie... Là, ça se lit "comme un roman", même si forcément, c'est dense en informations.

- Il y a pas mal de supports de lecture, arbres généalogiques, frise chronologique et CARTES, bien sûr, pour éviter de se perdre. J'ai mis deux mois à lire ce livre par petites touches et j'étais bien contente au bout d'un moment de pouvoir reprendre la chronologie pour me rappeler qui avait épousé qui et le fil des événements.

Philippe le Hardi petit

Et bien entendu, j'ai appris plein de trucs. L'ouvrage fait aussi référence aux tableaux et œuvres d'art de l'époque. Certaines sont reproduites dans le livre, pour d'autres, Google est ton ami !

La seule chose que je n'ai pas comprise, finalement, c'est pourquoi ce duché si grand, riche et puissant restait un duché et n'était pas devenu un royaume à part entière. Mais c'est une question d'ordre plus général, qu'est ce qui fait que Machin est Empereur alors que Bidule est Reine et pas Trucmuche. 

A lire! (mais peut-être pas d'une traite).

lundi 14 mars 2022

Nature humaine, de Serge Joncour

 Un livre lu pour le club de lecture de la bibliothèque. Probablement pas un livre vers lequel je serais allée spontanément, mais c'est là tout l'intérêt de la chose, découvrir des visions, des discours, qui sortent de nos habitudes.


L'histoire

La France est noyée sous une tempête diluvienne qui lui donne des airs, en ce dernier jour de 1999, de fin du monde. Alexandre, reclus dans sa ferme du Lot où il a grandi avec ses trois sœurs, semble redouter davantage l’arrivée des gendarmes. Seul dans la nuit noire, il va revivre la fin d’un autre monde, les derniers jours de cette vie paysanne et en retrait qui lui paraissait immuable enfant. Entre l’homme et la nature, la relation n’a cessé de se tendre. À qui la faute ?

Dans ce grand roman de « la nature humaine », Serge Joncour orchestre presque trente ans d’histoire nationale où se répondent jusqu’au vertige les progrès, les luttes, la vie politique et les catastrophes successives qui ont jalonné la fin du XXe siècle, percutant de plein fouet une famille française. En offrant à notre monde contemporain la radiographie complexe de son enfance, il nous instruit magnifiquement sur notre humanité en péril. À moins que la nature ne vienne reprendre certains de ses droits…

Mon avis

Pour résumer en une phrase : ce livre nous parle d’un temps que les moins de 30 ans ne peuvent pas connaître. Il joue la carte de la nostalgie, mais quand on n’a pas la référence (j’avais dix ans lors des événements de la fin du roman, qui commence en 1976), on se sent un peu perdu/distant, et c’est normal. Il raconte l’histoire de la génération de mes parents.

Ce décalage explique mon ressenti assez ambivalent, qui n’est clairement pas à imputer au livre, il est fréquent quand on lit une histoire dont on n’est pas la cible.

Je retiendrai surtout la réflexion sur la lutte militante, somme toute assez cynique : la plupart des militants seraient davantage poussés par un vide intérieur que par une solidarité authentique (ce qui expliquerait tous les gens de gauche qui se droitisent en vieillissant, c’est-à-dire en devenant riches). Je n’avais jamais vu les choses sous cet angle et ça m’a apporté des éléments de réponse à certains constats que j’ai pu faire ces derniers temps.

Le bouquin se déroule dans une ambiance de nostalgie de fin d’un monde et de choc des mondes, mais peut-on vraiment regretter un monde où à 50 ans on a déjà le dos pété : cela résume pour moi très bien le pessimisme qui transpire de ce bouquin. J’avais l’impression que le monde d’avant comme celui d’après ne valent guère mieux l’un que l’autre… Mais on ne nous propose pas vraiment de troisième voie.

J’ai eu beaucoup de mal à avoir de la sympathie pour le protagoniste. J’avais envie de le secouer, sauf dans les dernières pages, il est très passif et blâme le monde entier pour ses problèmes, sans jamais prendre ses responsabilités. Ce genre de profil a rarement l’étoffe d’un bon « héros » et j’ai zéro patience pour eux.

Je retiens aussi les réflexions très drôles de bon sens paysan face aux citadins à côté de la plaque.

L’atmosphère est de plus en plus sombre et pessimiste à mesure que le progrès se fait sentir, c’est sûrement pour cela que la fin m’a laissée sur ma faim, si je puis dire : je l’ai trouvée bizarre, elle essaie de donner dans l’optimisme, mais on n’y croit pas trop (et donc on ne sait pas trop comment tout ça se finit. Pour de vrai j’entends, pas dans les fantasmes d’un mec qui n’a jamais pris une vraie décision de sa vie.)

En bref, quelques pépites dans un océan de marasme et un protagoniste comme je ne les aime pas du tout, mais une lecture néanmoins assez plaisante, je pense que ça plaira beaucoup aux gens qui ont vécu les événements en temps réel.

dimanche 13 mars 2022

Les heures lointaines - Kate Morton

 Ne nous voilons pas la face, j'ai pris un peu de retard (si peu) dans la rédaction des chroniques. Pourtant, je suis enfin sortie de ma panne de lecture, ce n'est donc pas faute d'avoir lu des choses ! C'est parti pour un rattrapage des chroniques dans le désordre.

Et on commence avec un pavé lu l'année dernière :

L'histoire
Lorsqu'elle reçoit un courrier en provenance du Kent qui aurait dû lui arriver cinquante ans auparavant, Meredith Burchill révèle à sa fille Edie un épisode de sa vie qu'elle avait gardé secret jusqu'alors. En septembre 1939, comme beaucoup d'autres enfants, Meredith avait été évacuée de Londres et mise à l'abri à la campagne. Recueillie par des aristocrates du Kent dans le château de Milderhust, elle était devenue l'amie de l'excentrique et talentueuse Juniper, la cadette de la famille.
Pourquoi Meredith a t-elle dissimulé son passé à sa propre fille ? Et pourquoi n'est-elle pas restée en contact avec Juniper, devenue folle après avoir été abandonnée par son fiancé ?
Afin de reconstituer le puzzle de son histoire familiale, Edie se rend au château de Miderhust dont les vieilles pierres cachent plus d'un secret.

Mon avis

Disons le tout de suite, je pense que c’est le genre de bouquins que soit on adore, soit on trouve d’un ennui mortel : pas de tueur sanguinaire, de scènes de combat flamboyantes ou quelques ficelles qui nous tiennent en haleine d’habitude. Et pourtant, j’étais bel et bien happée par l'intrigue : j’ai vraiment beaucoup aimé, dévoré les pages.

C’est avant tout une magnifique galerie de portraits de femmes à travers les générations, un passé omniprésent qui continue de peser sur les personnages malgré le temps qui passe et emporte tout.

Un secret qui emprisonne ses détentrices dans leur passé. Et si vous êtes curieuses comme moi, quelle envie de le connaitre ! C’est cette envie de connaitre le secret qui nous tient en haleine, nous pousse à tourner les pages.

J’ai beaucoup aimé le style et l’ensemble est très immersif, naviguant entre passé et présent, entre la Seconde Guerre mondiale telle qu’elle était vécue par les femmes et notre présent. C’est le genre de bouquins qu’on n’a pas vraiment envie de terminer, tellement on se sent bien dedans

Et cerise sur le cupcake, je me suis beaucoup reconnue dans la narratrice :) ça fait toujours plaisir, n’est-ce pas.

En bref, si vous aimez les galeries de personnages, les mystères un peu poussiéreux, les écrivains fantasques et les vieilles pierres qui tombent en ruine, foncez !

lundi 23 août 2021

Docteur Sleep - Stephen King

Pour cette lecture, j'ai un peu innové et je me suis essayée aux audiobooks, surtout qu'au moment où je l'ai lue, j'avais les yeux qui fatiguent le soir. L'expérience m'a beaucoup plu, j'ai aussi beaucoup aimé l'aspect lecture à haute voix (lu par Julien Chatelet), c'était très immersif.

L'histoire
Danny Torrance a grandi. Ses démons aussi... Hanté par l’idée qu’il aurait pu hériter des pulsions meurtrières de son père Jack, Dan Torrance n’a jamais pu oublier le cauchemar de l’Hôtel Overlook. Trente ans plus tard, devenu aide-soignant dans un hospice du New Hampshire, il utilise ses pouvoirs surnaturels pour apaiser les mourants, gagnant ainsi le surnom de « Docteur Sleep », Docteur Sommeil. La rencontre avec Abra Stone, une gamine douée d’un shining phénoménal, va réveiller les démons de Dan, l’obligeant à se battre pour protéger Abra et sauver son âme.

Mon avis
                                      

Comme j'avais pioché ce livre en me fiant simplement au nom de l'auteur "Tiens, un Stephen King, ça fait longtemps que je n'en ai pas lu et c'est vraiment rare que je n'aime pas" (d'ailleurs, contrairement à beaucoup de lecteurs je suis incapable de me souvenir DU livre qui m'a fait adorer la lecture, je ne me souviens pas de l'époque où je ne lisais pas car j'ai commencé très jeune... par contre, mon premier Stephen King - Sac d'os, et j'avais à peu près douze ans - je m'en souviens très bien. Un peu trop jeune, sans doute). Bref, disais-je, comme j'ai pris un Stephen King au pif, je n'ai percuté qu'au début du bouquin que c'est en quelque sorte la suite de Shining, trente ans après. Mais pas d'inquiétude si vous ne l'avez pas lu, ou si vous l'avez lu il y a trop longtemps, ça ne gênera pas votre lecture de Docteur Sleep qui nous rappelle ce qu'on a besoin de savoir.

Vous l'aurez compris, ce bouquin m'a beaucoup plu. J'ai été tenue en haleine de bout en bout, c'était très immersif. J'ai beaucoup aimé suivre Dan et son combat contre l'addiction, j'ai beaucoup aimé la façon dont c'était présenté et utilisé. Accessoirement, ça faisait plaisir (le mot n'est peut être pas le mieux choisi) de voir un personnage principal qui n'est pas une plante verte inutile ou un Mister parfait. Ca faisait tout aussi plaisir de voir un récit qui nous rappelle que, oh surprise, les enfants surdoués deviennent des adultes surdoués (apparemment, ça ne va pas de soi pour tout le monde, si j'en crois les articles qui sont sortis récemment sur le sujet, non, la douance ne disparait pas pshiit, d'un coup, à l'âge con) et qu'être un adulte surdoué, c'est très dur et ça finit souvent mal (comme Dan avec son alcoolisme). Rien que pour ça, c'est top.

J'ai beaucoup aimé le style, les personnages, aussi (comme le père de famille cliché, que l'auteur s'amuse à déconstruire. Et comme l'auteur, c'est Stephen King, il le démonte à la barre à mine le cliché, et ça m'a beaucoup fait rire).

Et comme je ne résiste pas à mettre une photo de ma chatounette trop mignonne qui écoutait le livre avec moi... on a adoré le format audio, bravo le lecteur, on était super attentives :)

Oui, elle regarde vraiment l'appareil qui lit l'audiobook :)

Bref, je recommande.

lundi 29 mars 2021

Le loup des cordeliers et Le mystère de la main rouge - Henri Loevenbruck

 M'étant fait avoir une fois par le même auteur avec le Rasoir d'Ockham, j'avais repéré que le Loup des cordeliers avait une suite et j'attendais donc que la suite paraisse pour me lancer. Celle-ci, Le mystère de la main rouge, est parue l'an dernier, donc je pouvais me lancer tranquille... vous vous en doutez, une autre suite est visiblement en projet, je me suis encore fait avoir !


Je ne pense pas que ça empêche d'apprécier les deux premiers et vu qu'on me le demande souvent, OUI, il vaut mieux les lire dans l'ordre sous peine de ne rien piger au tome 2 et de se faire spoiler le tome 1.

L'histoire du Loup des Cordeliers

Mai 1789, un vent de révolte souffle sur Paris. Gabriel Joly, jeune provincial ambitieux, monte à la capitale où il rêve de devenir le plus grand journaliste de son temps. un enquêteur déterminé à faire la lumière sur les mystères de cette période tourmentée. Son premier défi : démasquer le Loup des Cordeliers, cet étrange justicier qui tient un loup en laisse et, la nuit, commet de sanglants assassinats pour protéger des femmes dans les rues de Paris... Les investigations de Gabriel Joly le conduisent alors sur la route des grands acteurs de la Révolution qui commence : Danton, Desmoulins, Mirabeau, Robespierre, personnages dont on découvre l'ambition, le caractère, les plans secrets. Alors que, le 14 juillet, un homme s'échappe discrètement de la Bastille, Gabriel Joly va-t-il découvrir l'identité véritable du Loup des Cordeliers ?

L'histoire du Mystère de la Main rouge

La Bastille vient de tomber. Danton, Desmoulins et Robespierre entrent dans l'Histoire. Au milieu du tumulte, le jeune et brillant journaliste Gabriel Joly a découvert l'identité du Loup des Cordeliers, ce mystérieux justicier qui hante, la nuit, les rues de Paris. Mais alors qu'il est sur le point de le confondre, voilà que celui-ci disparaît ! La course-poursuite s'engage, menant Gabriel jusque dans les maquis de l'île de Corse, sur les traces de la Main rouge, étrange société secrète dont les membres tentent d'influer sur la Révolution en cours. Accompagné du pirate Récif et de l'intrépide Théroigne de Méricourt, Gabriel parviendra-t-il à retrouver le Loup des Cordeliers et à découvrir ses plus noirs secrets ? Entre complots et trahisons, il devra faire usage de sa plus grande sagacité pour résoudre l'énigme de la Main rouge.

Mon avis

J'ai bien aimé le format : d'un chapitre à l'autre, on passe de la petite à la grande histoire. L'enquête semble surtout un prétexte pour relater les premiers jours de la Révolution, avec beaucoup de détails, ce qui était très intéressant. J'ai notamment découvert Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt, qui a bel et bien existé, et je ne m'explique pas (même si j'ai ma petite idée) que personne ne se soit emparé de sa vie rocambolesque, il y a pourtant matière à faire de sacrées épopées (ou alors ça existe, mais je ne connais pas, merci de le signaler à l'accueil!). Bref, j'ai trouvé ça super de la mettre en avant.

J'ai aussi bien aimé qu'un bouquin à grand tirage démystifie un peu la Révolution, qui était surtout une révolution bourgeoise, qui oubliait allègrement les femmes, les noirs, vous connaissez la chanson (ça aurait un lien avec Théroigne, vous pensez?).

Fatalement, après tant d'année de marathons assidus Poirot-Arabesque & Consort, j'avais deviné assez rapidement l'identité du loup, qui est quand même amenée assez finement.

Petit bémol, beaucoup de textes diégétiques sont écrits dans une graphie différente, pour faire plus d'époque, je suppose ? Ce qui donne ceci :

Je ne sais pas vous, mais dans ma tête ça sonnait comme Grominet qui parle, j'avais du mal à me concentrer sur le propos, du coup.

Le style est très agréable à lire, l'ensemble se lit assez vite. Le ton est aussi souvent drôle et léger malgré le sérieux des événements sous-jacents.

Tout cela vaut aussi pour la suite, à ceci près que le Mystère de la main rouge contient également des illustrations sous forme de gravures, ce qui m'a beaucoup plus et facilite encore l'immersion.

En bref, une bonne fiction historique sur fond d'enquête policière, pour un bon moment de lecture.

vendredi 12 février 2021

Baguettes chinoises - Xinran

Ce n'était pas prévu à la base, mais voici une deuxième escale du tour du monde pour février, cette fois-ci, en Chine! Et oui, ce mois-ci, c'est le nouvel an chinois, avec l'année du boeuf.

L'occasion aussi de tester quelques nouvelles recettes sur mon blog culinaire, si le cœur vous en dit. 

Par exemple, du poulet au gingembre, sésame et miel

Mais revenons à nos baguettes. Contrairement à ce que pourrait laisser penser le titre, on ne parlera pas de cuisine (enfin, un peu, mais ce n'est pas le sujet central, même si ça bouffe, dans ce bouquin !).

L'histoire

"Je vais leur montrer, moi, à tous ces villageois, qui est une baguette et qui est une poutre !" C'est ce cri qui a donné envie à Xinran d'écrire cette histoire. Celle, lumineuse, chaleureuse, émouvante, de trois sœurs qui décident de fuir leur campagne et le mépris des autres, pour chercher fortune dans la grande ville. Trois, Cinq et Six n'ont guère fait d'études, mais il y a une chose qu'on leur a apprise : leur mère est une ratée car elle n'a pas enfanté de fils, et elles-mêmes ne méritent qu'un numéro pour prénom.

Mais quand les trois sœurs quittent leur foyer pour chercher du travail à Nankin, leurs yeux s'ouvrent sur un monde totalement nouveau ; les buildings et les livres, le trafic automobile, la liberté de mœurs et la sophistication des habitants...

Mon avis

Et oui, c'est un coup de cœur. A quoi reconnait-on un coup de cœur, me demandez-vous ? Et bien par exemple, quand on pause plusieurs fois en pleine lecture pour dire tout haut "ohlala mais qu'il est bien ce livre". Je développe ou ça vous suffit ?

Commençons par le contexte. L'autrice est une journaliste chinoise qui a émigré à Londres. Le prologue ressemble plutôt à une préface et nous explique l'idée du roman et le titre : ce n'est donc pas une métaphore culinaire, mais plutôt une illustration de la façon dont sont considérées les femmes dans les campagnes chinoises. Si les garçons sont les poutres qui soutiennent la maison, les filles sont des baguettes jetables et facilement remplaçables.

Inutile de vous dire que l'autrice n'est pas vraiment de cet avis. Elle s'est inspirée de l'histoire de trois femmes qu'elle a rencontrées pour créer ses soeurs. A travers leur regard, on croise de nombreux personnages, chacun représente une facette de la société, leur histoire permet de dépeindre les transformations du pays au cours du siècle écoulé, les ravages de la révolution culturelle...

Le livre nous dépeint très bien les différences entre ville et campagne dans les années 90, tant du point de vue du mode de vie que de la culture, des règles, de la liberté et de la place des femmes. Il y a beaucoup de comique autour des homophones en chinois, très bien rendu par la traduction, je trouve.

Le livre n'omet pas d'expliquer que beaucoup de filles de la campagne sont exploitées en arrivant en ville, on profite de leur isolement et de leur naïveté, mais l'autrice a préféré faire rencontrer à nos sœurs des personnages empreints de bienveillance et de compréhension, ce qui donne un message super positif qui fait du bien à lire.

J'ai fini les larmes aux yeux ce livre très émouvant, même si j'avoue être un peu déstabilisée par l'épilogue aigre-doux : l'autrice reparle à la première personne et nous raconte le destin des femmes qui ont inspiré nos personnages. D'un côté il est utile à ce récit ancré dans la réalité, de l'autre, il m'a fait redescendre de mon petit nuage.

Une étape du tour du monde

mercredi 3 février 2021

Une disparition inquiétante - Dror Mishani

J'aurai donc tenu au moins deux mois pour ma résolution de Un mois, un nouveau pays, puisque nous voici avec un polar israélien pour le Tour du monde. Ces dernières années, après en avoir beaucoup lu, je ressens une certaine lassitude vis-à-vis des polars (en tout cas US/européens, puisque c'est de cela qu'il s'agit) souvent construits sur la même formule. C'était l'occasion de voir si ailleurs, l'herbe est plus verte, en somme.

L'histoire
Ofer Sharabi n’est pas rentré de l’école. Le commandant Avraham Avraham, alerté par la mère d’Ofer, n’est pas plus inquièt que ça : les adolescents fuguent volontiers. Quelques jours plus tard, après l’enquête de routine et une battue infructueuse dans le quartier de Holon où vit la famille Sharabi, il faut se rendre à l’évidence : il s’agit bien d’une « disparition inquiétante ». Le policier, rongé par ses problèmes existentiels, est loin d’aborder l’affaire avec sérénité et lucidité. Il n’a même pas repéré le comportement étrange de Zeev, le voisin prof d’anglais qui donnait des cours particuliers à Ofer. Dans cette banlieue modeste de Tel-Aviv, chacun a quelque chose à cacher.

Mon avis

L'enquêteur commence par nous expliquer "qu'il n'y pas de littérature policière en Israël". Je sais pas vous, mais j'aime beaucoup ce qui est méta, alors voici de quoi me mettre en de bonnes dispositions.

J'ai beaucoup aimé la structure du roman : d'un chapitre à l'autre, on passe de l'enquêteur à un témoin chelou (décrivons le comme ça), qui s'expriment chacun à la première personne. Ce qui a tendance à embrouiller en début de chapitre et j'ai trouvé que cette confusion des lignes donne un effet très intéressant, c'est bien fait. Nous n'avons pas ici un whodunnit, l'intrigue met l'accent sur les monologues intérieurs des deux narrateurs, c'est un angle super intéressant.

La construction du bouquin, que je ne développerai pas pour ne pas spoiler, fait qu'on se détache de la recherche du tueur (enfin, comme l'indique le titre, pas de cadavre, mais un disparu, ce qui nous épargne les descriptions morbides et voyeuses, ça aussi ça change), d'habitude centrale dans ce genre de bouquins, et on peut s'intéresser à autre chose.

Ville d'Holon, lieu de l'enquête
Niveau décors, ça dépayse aussi, ça change de la neige, de la pluie et de la gadoue

J'ai trouvé le personnage du détective, avec son nom ridicule, intéressant. Il est monomaniaque et n'a rien en dehors du boulot, mais il n'est pas présenté comme un super héros aux éclairs de génie. On a une enquête qui traine, des labos scientifiques avec des délais pas possibles, un détective faillible, de la confusion et du doute jusqu'à la dernière ligne. Ce qui me parait plus réaliste. 

Parlant de confusion et de doute, j'ai émis plusieurs théories au cours de la lecture, toutes fausses, mais la fin ouverte me laisse penser que certaines auraient tout à fait eu leur place (là encore, je ne peux pas en dire trop sans spoiler).

Et tout cela ne se fait pas au détriment du suspens, car on aurait envie de le lire d'une traite (ce qu'on pourrait faire si on ne s'endormait pas dessus comme une mamie avec les poules, mais le livre n'y est pour rien).

Quoi qu'on en pense, au moins, on n'a pas l'impression d'avoir lu ça 15 fois. Alors je recommande et j'aurais bien envie d'en lire un autre du même auteur.

Une étape de mon tour du monde

mercredi 27 janvier 2021

Congo Inc. Le Testament de Bismarck - In Koli Jean Bofane

Ma bonne résolution de l'année, c'est de reprendre sérieusement mon Tour du monde, car j'ai une PAL d'une soixantaine de pays qui ne demandent qu'à être parcourus. Le mois de janvier est donc placé sous le signe de la République Démocratique du Congo, qui sera le quarantième pays de ce voyage.


L'histoire

Depuis qu’il a découvert l’Internet et la mondialisation, le jeune Isookanga, Pygmée ekonda, n’a plus qu’un objectif : planter là les cases, les traditions, les ancêtres et la forêt millénaire pour aller faire du business à Kinshasa. Il débarque donc un matin dans la capitale, trouve l’hospitalité auprès des enfants des rues et s’associe avec un Chinois qui fait commerce de sachets d’eau potable. L’avenir est à lui !
Pendant ce temps, à Kinshasa et ailleurs, le monde tourne moyennement rond : des seigneurs de guerre désœuvrés aux pasteurs vénaux, des conseils d’administration des multinationales aux allées du Grand Marché, les hommes ne cessent d’offrir de preuves de leur concupiscence, de leur violence, de leur bêtise et de leur cynisme.
Qui sauvera le Congo, spolié par l’extérieur, pourri de l’intérieur ? L’innocence et les rêves, les projets et la solidarité.

Mon avis

Nous avons ici un roman assez court, le français est la langue originale, ponctuée d'autres langues nationales, mais aussi d'expressions typiquement congolaises : les notes de bas de page sont bienvenues pour ne rien perdre des dialogues. J'ai adoré le style, que j'ai trouvé très vivant et qui nous plonge immédiatement dans l'histoire. La majorité du roman se passe à Kinshasa, qui est, rappelons-le, la plus grande agglomération francophone du monde.

C'est en quelques sortes un "roman de la mondialisation", avec tous ses travers. Et quoi de mieux pour l'illustrer que "Raging trade", un jeu vidéo fictif à travers lequel le personnage découvre la mondialisation et qui illustre la trame principale. J'ai trouvé que c'était une super idée.

Le personnage principal est amusant et attachant (même si c'est un c**** de capitaliste assumé !! vous apprécierez le tour de force), son parcours nous amène à découvrir une kyrielle de personnages très divers qui croisent sa route à un moment ou un autre : un criminel de guerre, un Casque bleu corrompu, une enfant prostituée, un enfant soldat, des enfants des rues sans famille... Chaque chapitre se concentre sur l'un d'entre eux.

Le roman alterne très habilement les passages au ton léger (quand bien même les personnages ont la vie dure) et qui me faisaient souvent éclater de rire (qui a dit que la lecture, c'est morne et calme !!), et les passages beaucoup plus durs à lire, qui décrivent les violences qui ravagent le pays, notamment le génocide du Rwanda, pays frontalier avec la RDC et qui a aussi affecté son voisin - ce que j'ignorais. C'est donc l'ascenseur émotionnel tout du long, ce qui contribue à rendre ce bouquin marquant.

J'ai envie de mettre une petite citation qui illustre je trouve très bien le style, l'humour... C'est l'extrait d'un prêche d'un révérend sur Sodome et Gomorrhe (j'ai adoré ce personnage - lui aussi horrible - il m'a fait rire tout du long.)

"Dieu n'est pas le pape, mes bien-aimés. Lui, il n'attend pas qu'il y ait prescription."

Ça, c'est du prêche ! Si tout le monde nous racontait la Bible comme ça... (ouais, non, ça risquerait de faire des remous !)

Forcément, le livre parle aussi des organisations humanitaires, et n'en donne pas une vision hyper positive, un discours qu'on n'entend pour ainsi dire jamais en Occident. Cette critique est couplée à une critique du capitalisme ici poussé à outrance et qui fait le malheur du pays, or le livre nous rappelle que ces organisations humanitaires sont elles aussi au service de la mondialisation.

L'épilogue est aigre-doux et fait le bilan des drames du Congo depuis la colonisation par les Allemands (d'où le sous-titre). C'est un happy end pour le personnage principal, mais il laisse présager une catastrophe écologique imminente.  

Une étape de mon tour du monde

jeudi 21 janvier 2021

La formule de Dieu - J.R. dos Santos

Alors... j'ai pioché ce bouquin dans ma PAL, car je cherchais un truc plus léger après Le prince des marées. C'est le bon côté d'une PAL riche, me suis-je dit sur le moment, on a un livre pour chaque occasion (mais une seule paire de chaussures, il faut choisir...)

L'histoire

Printemps 1951, deux espions de la CIA épient une rencontre de la plus haute importance entre David Ben Gourion, « premier » Premier Ministre de l'État d'Israël, et Albert Einstein. L'objet de leur discussion : l'obtention de l'arme nucléaire par le jeune état juif et l'existence de Dieu.

Cinquante ans plus tard, Tomas Noronha, expert en cryptologie, est appelé au Caire par une mystérieuse jeune femme. Sa mission : déchiffrer un cryptogramme caché dans un document détenu par le gouvernement de Téhéran. Un manuscrit écrit de la main d'Albert Einstein dont le contenu pourrait bousculer l'ordre mondial. Tomas Noronha devient alors un agent double censé collaborer avec les Iraniens pour informer l'Occident. Mais au cours de son enquête, il découvre que le fameux manuscrit contient beaucoup plus de choses que ne l'espéraient ses différents commanditaires. Il serait tout simplement la preuve scientifique de l'existence de Dieu.

Mon avis

Ben oui, que voulez-vous, j'ai passé mon temps à insulter le protagoniste


Alors... pour le côté livre intercalaire qui se lit vite fait entre deux bouquins plus "intenses", le contrat est rempli. Mais. Nous revoilà avec un protagoniste de type crétin naïf comme un lapin de 3 semaines dont on voit venir les emmerdes à 10 km. Il ne sait rien, ne comprend rien, il m'éneeeeeeerve. Je n'arrêtais pas de penser à notre ficus du Livre des rois, qui avait placé la barre très haut en termes de personnages écrits avec les coudes, mais ce dernier avait au moins l'excuse de la jeunesse.

Et que je t'hypersexualise le love interest qui avait l'air bien plus intéressante, coucou le syndrome Trinity, alors que lui, on sait à peine à quoi il ressemble, et que je suis prompt à pardonner un père absent, TU M'ÉTONNES, il est censé avoir un gosse à qui il ne pense pas de tout le bouquin (alors qu'il frôle la mort), il aurait eu un hamster ou un acarien de compagnie c'était PAREIL niveau enjeu.

Une jolie femme m'accoste dans la rue ? C’est forcément mon charme inconditionnel, elle est folle de moi. (Maintenant que j'y repense, une femme dans la même situation se serait barrée en courant et aurait appelé les flics, pouf pas d'intrigue, ça a du bon finalement). Et dès qu’une femme le regarde, elle tombe forcément sous son charme sans arrière-pensée. Messieurs, à votre place, je me vexerais. D'un autre côté... il faut avoir lu ça pour vraiment apprécier un beau personnage ou une belle histoire d'amour bien écrits, alors... merci ?

Allez, lui aussi a le droit à son Ficus d'or.


Puisque je perdrais foi en l'humanité si je ne pouvais pas dire un truc bien minimum sur un bouquin, le positif. Il y a beaucoup de passages qui traitent de physique, c'est dur à suivre pour moi (mais on s'accroche, à part quand on nous explique ce qu'est une anagramme, mais pas l'entropie) car je suis une bille, mais ça m'a donné envie de creuser la question, donc tout n'est pas perdu. Au début, je me disais que les personnages étalent beaucoup leur science, que ça plombe le récit, mais finalement c'est le seul truc intéressant du bouquin, la partie romancée est très mal écrite donc on ne perd rien, donc on garde. 

Car oui, la partie romancée est importante dans ce genre de format, sinon autant regarder une conférence ou lire un livre de vulgarisation, et là, c'est bourré d'incohérences.

On amorce l'intrigue avec un manuscrit écrit en allemand par Einstein et le recrutement de cretinus premier, cryptologue, mais aussi historien, portugais. QUI IL NE CONNAIT PAS L’HISTOIRE DE SON PROPRE PAYS, B*****. Pas du tout approfondi, nous l'avons déjà dit, recruté pour déchiffrer un truc absolument pas écrit en allemand, alors qu’en fait si. Qui se la pète en disant qu'il a quand même des bases en allemand alors qu'il n'a même pas fait un cours de sixième.

La relation amoureuse, on n'y croit pas une seconde, c'est un fantasme masculin débile. Je crois que les mots "Mais quel ramassis de connerie" ont fusé au moment de l'apothéose sur fond de violons, pas sûre que c'était l'intention de l'auteur.

Et maintenant, un petit quizz, pour voir si vous aussi, vous êtes un petit génie. On vous explique qu'un personnage détient la clé de tout. Vous :

A. Allez le voir
B. Restez dans votre coin à chouiner pendant plusieurs chapitres pour mettre en place un compte à rebours débile censé apporter du piment à l'intrigue.

Il fallait répondre B, bien sûr...

Son père fume comme un pompier et meurt du cancer du poumon ? Il ne fait pas le lien et engueule le médecin qui le lui explique, tellement c’est un gros c******. J'aurais pu continuer des heures tellement c'est une catastrophe.

Pour résumer... dommage que des idées si intéressantes et ces tentatives de vulgarisation passionnantes soient reliées par une narration aussi pauvre, peu inspirée et cousue de fil blanc. Autant lire un ouvrage technique en ce cas. 

Et la fin… ne répond pas vraiment à la question du bouquin qui s'intéresse à dieu en tant qu’entité créatrice à l'origine du big bang et nous laisse avec une réponse digne de la poule et l’œuf. Moi je vous laisse, je vais aller me faire une omelette.

lundi 18 janvier 2021

Le prince des marées - Pat Conroy

Nous retournons aux Etats-Unis, cette fois-ci en Caroline du Sud, dans une fresque familiale qui n'est pas sans me faire penser à Là où chantent les écrevisses... et les deux bouquins m'ont été recommandés par la même personne, comme quoi il y a des jolis hasards qui ne s'inventent pas.

L'histoire
Au cœur des somptueux paysages maritimes de la Caroline du Sud, cette « histoire d'eau salée, de bateaux et de crevettes, de larmes et de tempêtes » fouille la mémoire d'une famille troublée, dans un Deep South encore marqué par la ségrégation raciale.
Tom, Luke et Savannah Wingo ont été élevés à la dure, entre joies et tragédies, par un père pêcheur de crevettes, alcoolique et violent, et une mère fantasque et mythomane. C'est cette vie-là que va raconter Tom à la psychiatre Susan Lowenstein après la énième tentative de suicide de sa sœur, désormais installée à New York. Pour aider la thérapeute à sauver Savannah, Tom accepte de se replonger dans les souvenirs d'une enfance marquée par un terrible secret. Ses confessions, empreintes d'humour et d'émotion, vont faire revivre la bouleversante saga du clan Wingo. Et peut-être leur offrir à tous une chance de rédemption

Mon avis


Ce bouquin est énormément de choses, mais une chose est sûre, il n'est pas léger. C'est un pavé écrit touuuut petit, à ne pas lire quand on est crevé où qu'on n'a pas le temps de s'y plonger, c'est gâché. Il est aussi très dense, c'est un concentré d'émotions qui percute beaucoup, forcément, puisqu'il parle de violences domestiques, de suicide... Mais il aborde aussi des questions de racisme (dans le sud à peine sorti de la ségrégation), de psychiatrie, de féminisme...

Il date de 1986, donc plus âgé que votre servante, et je pense qu'il faut l'avoir en tête quand on lit certaines problématiques abordées. Ce qui m'a frappée, c'est à quel point certains passages n'ont, je trouve, pas pris une ride et auraient pu être écrits de nos jours, je pense notamment aux questionnements sur le féminisme du narrateur. Pour un bouquin écrit par un mec il y a 30 ans, ça mérite d'être noté.

J'ai forcément beaucoup aimé l'humour caustique du narrateur et je n'ai pu m'empêcher de relever une petite citation :

Ceux qui aiment lire sont toujours un peu barjot.

On devrait s'en faire des t-shirts, non ?

J'ai trouvé le début assez lent, s'accélérant à mi-parcours. Ou bien était-ce moi qui, happée par cette fresque familiale, me suis mise à lire plus vite, je ne saurais pas trop dire.

Hors sujet, dans la série des questionnements existentiels, le bouquin émet une théorie : dans une fratrie, il y a toujours le fou, le fort et le terre-à-terre. Voilà faites-en ce que vous voulez, moi ça fait deux mois que je me demande lequel je suis :) 

Le récit, qui navigue entre passé et présent sous la forme d'une succession d'anecdotes rocambolesques en apparence décousues, mais qui forment la trame d'une vie, est entrecoupé d'écrits de Savannah, dont un conte pour enfants que j'ai adoré, et des poèmes.

Outre les questionnements plus généraux, le roman s'intéresse avant tout à la vie et aux expériences des trois enfants Wingo, Luke, l'aîné fidèle à ses racines, Savannah, la poétesse au mal-être poignant qui s'exile à New York et Tom, qui incarne la « normalité » sudiste face à ces deux extrêmes. Mais surtout à leur mémoire, car ce que révèle la thérapie, c'est à quel point la mémoire peut nous jouer des tours. On oublie, on confond, etc. Or parfois, pour se construire, il est nécessaire de se souvenir, même des événements les plus douloureux. Ce qui n'est pas facile quand on vit dans une culture qui préfère cacher les choses.

Par l'opposition entre les jumeaux, Tom et Savannah, entre la Caroline et la vie mondaine new-yorkaise, l'auteur nous dépeint aussi ce que signifie être sudiste, en quoi le contexte particulier de cette région, qu'il soit géographique ou historique, a façonné la mentalité de sa population blanche.

En bref, je vous recommande cette magnifique fresque familiale très intense.

J'ai vu que le livre a été adapté au cinéma, mais je n'ai pas pu voir le film.

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